Mirebalais reste profondément marqué par la violence des gangs et le déplacement de sa population. Alors que le processus électoral avance en Haïti, la question du retour des habitants et du rétablissement de la sécurité demeure entière.
Mirebalais, une ville meurtrie qui attend toujours le retour de ses habitants
MIREBALAIS — Plus d’un an après l’offensive des groupes armés qui a bouleversé Mirebalais et contraint des milliers de personnes à abandonner leurs foyers, la commune reste au cœur d’une crise sécuritaire et humanitaire majeure. Pendant que les familles déplacées vivent dans l’incertitude, le processus électoral national poursuit son chemin. Une situation qui soulève une question essentielle : peut-on véritablement parler d’élections à Mirebalais sans placer au premier plan la sécurité et le retour des habitants ?
Mirebalais n’est plus la ville que ses habitants ont connue.
Autrefois carrefour incontournable du Plateau Central, lieu de commerce, de transport, d’éducation et de rencontres entre plusieurs régions du pays, la commune porte aujourd’hui les cicatrices d’une crise sécuritaire qui a bouleversé la vie de milliers de familles.
Les violences armées qui ont frappé Mirebalais et Saut-d’Eau à partir du 31 mars 2025 ont provoqué des déplacements massifs. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 51 466 personnes appartenant à 10 456 ménages avaient été déplacées au 16 avril 2025 à la suite des attaques dans les deux communes.
La grande majorité était restée dans le département du Centre, notamment à Boucan-Carré, Hinche, Lascahobas et Savanette.
Derrière ces chiffres se trouvent pourtant des histoires humaines.
Des maisons abandonnées. Des commerces laissés derrière. Des familles dispersées. Des enfants déracinés. Des hommes et des femmes contraints de recommencer ailleurs une vie qu’ils n’avaient jamais choisi de quitter.
Une population qui continue de payer le prix de l’insécurité
Pour de nombreux Mirebalaisiens déplacés, le temps passe mais la question demeure la même :
Quand pourrons-nous rentrer chez nous ?
Quitter Mirebalais n’a pas seulement signifié changer de ville.
Pour certaines familles, cela a signifié abandonner une maison construite après plusieurs années de sacrifices. Pour d’autres, perdre une activité commerciale, un emploi, une école, un quartier, une communauté et parfois une grande partie de leurs biens.
À cette perte matérielle s’ajoute une autre souffrance : celle de ne pas savoir quand un retour durable et sécurisé sera possible.
Mirebalais est ainsi devenu le symbole d’une réalité particulièrement douloureuse de la crise haïtienne : celle de citoyens qui se retrouvent déplacés à l’intérieur même de leur pays.
Pendant ce temps, le processus électoral avance
Alors que la question sécuritaire demeure centrale, Haïti avance parallèlement dans son processus électoral.
En septembre 2026, le Conseil électoral provisoire (CEP) a ouvert la période de dépôt des pièces et des déclarations de candidature. Pour Mirebalais et Saut-d’Eau, le CEP a précisé que les candidats à la députation et aux collectivités territoriales devaient accomplir ces formalités auprès du Bureau électoral départemental du Centre (BED Centre).
Il convient cependant de préciser que le CEP a également rappelé, le 28 septembre 2026, que la période officielle de campagne électorale n’avait pas encore commencé.
Il faut donc distinguer le dépôt des candidatures et les préparatifs politiques d’une campagne électorale officiellement ouverte.
Mais cette évolution du calendrier politique soulève inévitablement des interrogations à Mirebalais.
Comment organiser des élections lorsque des électeurs sont loin de chez eux ?
La tenue d’élections constitue une étape importante dans le fonctionnement démocratique d’un pays.
Mais à Mirebalais, une question précède presque toutes les autres : dans quelles conditions la population pourra-t-elle participer au processus électoral si une partie des habitants reste déplacée ?
Comment demander le vote d’un citoyen qui attend encore de pouvoir retourner dans son quartier ?
Comment organiser normalement une compétition électorale dans une commune profondément affectée par l’insécurité et les déplacements ?
Comment garantir à chaque électeur la possibilité d’exercer librement son droit de vote ?
Et surtout : quelle place le retour sécurisé des habitants de Mirebalais occupe-t-il dans les priorités de ceux qui aspirent aujourd’hui à représenter cette population ?
Ces interrogations ne constituent pas une condamnation générale des candidats ou responsables politiques originaires de Mirebalais. Elles posent plutôt une question de responsabilité publique que chaque acteur politique souhaitant représenter la commune devrait être en mesure d’aborder.
Le maire de Mirebalais, Lochard Laguerre, avait lui-même publiquement alerté en juillet 2026 sur les difficultés d’organiser des élections dans le Bas Plateau Central sans rétablissement préalable de la sécurité et de la circulation routière.
Mirebalais ne peut pas devenir uniquement un enjeu électoral
À l’approche des prochaines échéances politiques, Mirebalais risque également de redevenir un nom omniprésent dans les discours.
Mais derrière ce nom se trouvent des citoyens qui ont perdu beaucoup.
La population n’attend pas seulement des slogans.
Elle attend des réponses sur la sécurité.
Elle attend des réponses sur la circulation.
Elle attend la reprise des activités économiques et des services essentiels.
Et surtout, les personnes déplacées attendent de savoir dans quelles conditions elles pourront retrouver leur commune.
Les élections passeront. Les candidats feront campagne lorsque la période officielle sera ouverte. Certains seront élus, d’autres non.
Mais après les élections, Mirebalais sera toujours là.
Et les familles déplacées aussi.
Une question qui dépasse les élections
La reconstruction de Mirebalais ne pourra pas se limiter à une bataille pour des fonctions électives.
Elle suppose une réponse sécuritaire et institutionnelle capable de créer les conditions permettant aux habitants de reprendre possession de leur espace de vie et de reconstruire leurs activités.
La question n’est donc pas de choisir entre élections et sécurité. Les deux relèvent du fonctionnement de l’État et des droits des citoyens.
Mais pour les familles contraintes de quitter Mirebalais, une réalité reste difficile à ignorer : avant de pouvoir pleinement participer à la vie politique de leur commune, elles doivent pouvoir y vivre en sécurité.
Aujourd’hui, Mirebalais attend.
Ses habitants déplacés attendent.
Et tandis que le calendrier électoral poursuit sa marche, une question continuera probablement de résonner dans les familles mirebalaisiennes :
Qui parle réellement de notre retour ?
